Peur de changer de travail : et si le plus dur était de choisir ?

Il y a quelque année, en lisant La Psy’Action d'Émeric Lebreton, une idée m’avait particulièrement interpellée : celle d’une époque où l’immensité des possibles qui s’offrent à nous, loin de toujours nous libérer, peut aussi nous désorienter.
Cette idée m’est restée. Sans doute parce qu’elle fait écho à quelque chose que j’observe très régulièrement dans mes accompagnements.
On parle beaucoup de changement. De peur du changement, même. C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus souvent : « J’ai peur du changement. »
Mais plus j’accompagne, plus je me demande si c’est réellement le changement qui nous fait si peur.
Et si c’était le choix ? Parce qu’avant de changer, il faut choisir. Et aujourd’hui, des choix, nous en avons beaucoup.
Nous pouvons changer de métier, nous former, reprendre des études, créer une entreprise, évoluer en interne, partir ailleurs, cumuler plusieurs activités… Et cette liberté, évidemment, est précieuse.
Mais elle peut aussi devenir vertigineuse.
Je pourrais rester. Je pourrais partir. Je pourrais tenter ce poste. Je pourrais reprendre une formation. Je pourrais créer mon activité. Je pourrais faire complètement autre chose.
Je pourrais… Et puis je ne sais plus.
C’est quelque chose que je vois régulièrement chez les personnes que j’accompagne. Elles n’arrivent pas nécessairement avec une absence de possibilités. Certaines ont même plusieurs projets parfaitement envisageables.
Et pourtant, elles sont figées.
Parfois avec beaucoup d’émotion. Parfois jusqu’aux larmes.
Parce qu’au milieu de tous ces possibles, il va bien falloir, à un moment, décider.
Choisir, c’est quitter le connu
Même lorsque notre situation actuelle ne nous convient plus vraiment, nous la connaissons.
Nous savons ce qu’elle nous apporte. Nous savons aussi ce qu’elle nous coûte. Nous en connaissons les règles, les avantages, les défauts, les contours.
En face, il y a ce que nous imaginons.
Et nous pouvons étudier un projet, nous renseigner, rencontrer des professionnels, faire nos calculs, anticiper énormément de choses… il restera toujours une petite partie que nous ne maîtriserons pas.
Alors, lorsque quelqu’un me dit « j’ai peur de changer de travail », je me demande souvent ce qui se cache derrière cette phrase.
Est-ce réellement le changement ?
Ou la décision qu’il va falloir prendre pour qu’il advienne ? Et tout ce qu’elle comporte d’inconnu.
C’est aussi pour cela que j’ai parfois un peu de mal avec certaines injonctions autour du changement professionnel.
« Osez ! » « Sortez de votre zone de confort ! » « Écoutez-vous ! » « Réalisez vos rêves ! »
Oui… mais non. Enfin, pas seulement.
Je crois profondément qu’un projet professionnel doit avoir du sens. Qu’il doit tenir compte de ce qui nous anime, de nos valeurs, de nos besoins, de ce que nous avons envie de vivre.
Mais il doit aussi rencontrer une réalité.
Un marché. Des compétences. Une situation financière et personnelle. Des contraintes. Une temporalité. Parfois une famille. Peut-être une formation à envisager. Et souvent un besoin de sécuriser avant de bouger.
Faire un choix qui nous correspond ne signifie pas faire abstraction du réel.
Bien au contraire.
Regarder le sommet… puis revenir à ses pieds
Il y a une image que j’utilise très souvent dans mes accompagnements.
Celle de la montagne.
Lorsque nous sommes tout en bas et que nous regardons uniquement le sommet, la première pensée peut être : « Mais comment vais-je réussir à arriver jusque-là ? »
C’est loin. C’est haut. Ça paraît compliqué.
Alors oui, regardons le sommet. Il faut bien savoir vers quoi nous avons envie d’aller.
Mais ensuite, revenons à nos pieds.
Quel est le prochain pas ?
Pas les vingt prochains. Pas ce qu’il faudra avoir accompli dans trois ans. Pas tout le chemin parfaitement dessiné avant même d’avoir commencé.
Le prochain pas.
Prendre un renseignement. Rencontrer quelqu’un. Étudier une formation. Regarder le marché. Faire ses comptes. Retravailler son CV. Envoyer une candidature. Tester quelque chose.
Puis voir ce que ce premier mouvement nous apprend.
Et décider du suivant.
Je ne crois pas qu’il faille avancer vite. Je ne crois pas davantage qu’il existe une bonne manière ou un bon rythme pour changer. Et je crois encore moins qu’il soit utile de regarder celui ou celle qui a tout quitté du jour au lendemain en se demandant pourquoi nous n’en sommes pas capables.
Nous n’avons ni les mêmes histoires, ni les mêmes besoins de sécurité, ni les mêmes contraintes.
Le mouvement peut être minuscule.
Il n’en reste pas moins un mouvement.
Et finalement, lorsque je regarde ce que je fais depuis plusieurs années, en bilan de compétences, en coaching ou dans d’autres accompagnements, je me dis qu’une grande partie de mon métier pourrait se résumer beaucoup plus simplement que je ne le pensais : j’aide les gens à faire des choix.
Pas à choisir à leur place.
Mais à remettre un peu d’ordre dans tous ces possibles. À comprendre ce qui compte vraiment. À confronter les envies à la réalité. À mesurer ce que l’on est prêt à quitter et ce que l’on souhaite construire.
Et surtout, à ne plus regarder cette immense montagne comme quelque chose qu’il faudrait gravir d’un seul coup.
Alors peut-être que la question n’est pas toujours : « Pourquoi ai-je si peur de changer ? »
Mais plutôt : « Quel est le prochain choix que je peux faire pour commencer à avancer ? »
Je suis Angélique Bétinat, coach professionnelle et consultante en bilan de compétences à Orléans, j'accompagne celles et ceux qui souhaitent prendre du recul sur leur parcours, clarifier leurs envies et faire des choix professionnels qui leur ressemblent.


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